top of page

Chapitre 1

C'était le jour parfait.

​

Du moins, c'est ce que je pensais.

​

Vous savez, ces journées où tout semble enfin s'aligner ? Où le destin paraît presque décidé à vous faire plaisir ? C'était exactement ça.

​

J'étais loin d'imaginer que quelques heures plus tard, je regretterais d'avoir seulement pensé cette phrase.

 

​

​

Le grand jour était arrivé et, avec lui, une météo qui présageait des vacances hors du commun. C’était le sentiment qui m’animait alors même que je bouclais ma ceinture. A côté de moi, enfoncé dans son siège près du hublot, Axel éteignait son téléphone. Axel était mon meilleur ami depuis aussi longtemps que je me souvenais. Nos maisons étaient côte à côte, nos parents nous avaient vus grandir ensemble et, à force, nous avions fini par devenir davantage des frères que des amis.

​

Il releva la tête et me sourit. Je lui rendis son sourire. L’avion décollait, glissait sur le tarmac et quittait la terre ferme pour s’élever haut dans le ciel. J’étais un peu nerveux, rien d’anormal. Pour moi, c’était ma première fois en avion. Axel, lui, voyageait bien plus souvent. Je lui enviais son assurance, mais j’essayais de garder confiance en moi.

- Big Apple, nous voilà ! S’exclama-t-il.

- Pas de parents, pas de frères et sœurs chiants, juste toi et moi… et la liberté totale !

Je lui fis un check et laissai échapper un rire, alors qu’il sortait un livre de son sac à dos posé à ses pieds. J’arquai un sourcil et le dévisageai, étonné.

- Sérieux ? Tu comptes vraiment lire ?

Il haussa les épaules d’un air vague, un sourire s’étirant à la commissure de ses lèvres, puis se cala un peu mieux et ouvrit le livre à la page marquée pour commencer à lire.

- Hé bah ouais… J’ai pas l’intention de rester là à me tourner les pouces.

Je lui désignai l’écran incrusté dans la tête du siège en face de lui, là où il était possible d’y visionner des pubs. Il ne paraissait pas plus intéressé que cela.

​

Je soupirai et regardai autour de moi, intrigué. Ici, dans cet endroit si fermé, s’y trouvaient des gens de toutes sortes et de tout âge. Il y avait le papy qui lisait son éternel journal, les lunettes remontées sur son nez. Les parents débordés, au bord de l’AVC, qui tentaient désespérément de calmer la colère de leur enfant. Un groupe d’adolescents qui bavardaient un peu trop fort.

 

Un homme d’affaires, écouteurs enfoncés dans ses oreilles, et qui pianotait nerveusement sur le clavier de son ordinateur portable déplié sur ses genoux. Et ce n’était pas tout. Mais la diversité de tous ces gens m’impressionnait autant qu’elle me fascinait. Je me demandai alors ce qui avait poussé tous ces gens à monter dans cet avion. Un voyage d'affaires ? Des vacances ? Une visite à la famille ?

Moi, je pensais simplement partir à New York pour découvrir la ville auprès d’Axel.

​

Je ne savais pas encore que je ne verrais jamais New York.

 

​

​

Une heure avait déjà passé depuis le décollage. Je n’avais pas assez anticipé le voyage, au contraire d’Axel qui n’avait pas décroché son nez du livre. J’avais commencé à regarder un film, puis ça m’avait ennuyé. Alors, pour tuer le temps, je faisais défiler les photos dans mon téléphone. Il y avait de tout. Des photos de mes parents qui s’enlaçaient, ma petite sœur en pleine crise au milieu d’un rayon de magasin, mon petit frère endormi sur deux chaises pendant une fête et beaucoup, beaucoup, beaucoup trop de photos d’Axel et moi, souvent en train de faire les idiots. Puis, au milieu de tout ce joyeux bazar, Julie.

​

Une camarade de classe. Douce et gentille. Une cascade de cheveux dorés qui encadraient un visage angélique. Son sourire illuminait ses yeux.

Je regardai la photo un peu plus longtemps que nécessaire et manquai de faire tomber mon téléphone quand Axel me donna un coup de coude. Mes joues me chauffèrent immédiatement alors que je m’empressais d’éteindre l’écran de mon téléphone, comme pris en flagrant délit.

- Bah alors ?

Je fronçai les sourcils et lui lançai un regard noir.

- Je te croyais occupé à lire, lui reprochai-je.

- Ce n’est pas parce que je lis que je ne regarde pas ce que tu fais, tu sais. Je suis capable de faire deux choses en même temps.

Je m’apprêtai à protester lorsqu’une légère secousse ébranla l’avion. Immédiatement, je serrai les accoudoirs du siège. Avec tellement de force que mes phalanges blanchirent.

- Hé, détends-toi mec, sourit Axel. Ça arrive régulièrement.

Je restai silencieux alors qu’une voix grésillait dans le haut-parleur :

— Mesdames et messieurs, nous traversons actuellement une zone de turbulences. Pour votre sécurité, veuillez attacher votre ceinture et garder votre calme. Merci.

Je ne me fis pas prier deux fois et attachai ma ceinture, imité par Axel. Tous les autres passagers faisaient de même, mais aucun ne semblait vraiment paniqué. J’étais peut-être le seul idiot de l’avion à m’angoisser pour une simple secousse.

L’avion fut à nouveau secoué, plus fort. Puis un choc violent me plaqua contre son siège. Les masques à oxygène tombèrent du plafond, et des cris retentirent autour de moi.

— Kylian, ça va aller, OK ? cria Axel.

— Si tu le dis…

Comment pouvais-je le croire alors que la situation frisait la catastrophe apocalyptique ?

​

Je tentai de sourire à Axel. Je devais sûrement davantage grimacer qu’autre chose. L’avion trembla à nouveau et un choc violent secoua la carlingue. Quelques cris d’angoisse fusèrent, puis le calme revint. Tranquillement, Axel se pencha pour fouiller son sac.

 

À l’instant même, l’avion piqua soudainement du nez. Les hôtesses furent projetées en arrière, des objets roulèrent sur le sol.

 

Je voulus crier, hurler, mais aucun son ne sortit de ma bouche. Le monde autour de moi devenait flou, tremblant, irréel. Chaque vibration résonnait dans mes os. Toutes les alarmes retentissaient, les gens criaient et paniquaient.

​

Puis plus rien.

ME SUIVRE

  • Facebook Classic
  • Twitter Classic
  • c-youtube

© 2016 par Maud Sétan. Créé avec Wix.com

bottom of page